Nous n’avons plus de bolivianos pour vivre. La prochain distributeur se trouve à Uyuni, environ 150 km de piste de terre et de tôles ondulées.

Pas d’autres choix que de laisser un de nous tenter sa chance en stop afin de faire l’aller retour dans la journée. La tâche s’annonce compliquée au vu du peu de trafic et de l’état de la route. Paul se lance et part au petit matin. 10min, 20min, 30min plus tard, le néant, personne à l’horizon.
Il nous faut changer de plans et d’itinéraires. Nous décidons de nous lancer sur cette route peu praticable en espérant rencontrer un camion ou un pick-up sur notre chemin. Vœux exaucé, Paul arrête un pick-up, le seul et unique, pour lui demander de l’eau. Après quelques questions et présentations, ces trois Boliviens nous proposent de charger nos vélos et nous emmener directement à Uyuni. Sans trop d’hésitations, nous voilà partis à la recherche du billet bolivianos !

Nous restons trois nuits dans la ville d’Uyuni afin d’avancer sur notre projet, préparer nos futures rencontres avec des entrepreneurs à La Paz, et se reposer un peu. Nous découvrons une grande ville qui contraste énormément avec les villes chiliennes. Bienvenue dans la Bolivie traditionnelle, une nouvelle culture, avec des gens aux peaux bien plus mattes, des femmes vêtues de robes plissées et de collants colorés, sans oublier le chapeau melon. Globalement, la ville n’a pas grand intérêt et est très poussiéreuse, mais nous permet de découvrir les marchés traditionnels, la cantine bolivienne à 1 euros le menu et les bières dans un bar où nous sommes les seuls et uniques clients.  Nous restons cependant admiratifs du marché central avec sa profusion de fruits inconnus pour certains, de légumes de toutes les couleurs, fèves et pommes de terres de toutes sortes, artisanat, le tout à des prix défiants toutes concurrences.

Jour J, on l’attendait, il nous tend aujourd’hui les bras, nous l’avons mérité, nous voilà qu’à quelques kilomètres du salar d’Uyuni.
Il est temps d’étudier les cartes, les récits de voyageurs, les conseils. Il est surtout temps de tracer notre route au cœur de ce paradis blanc. De là doit commencer la vraie aventure Bolivienne, la tant attendue, celle dont on pourra dire à nos enfants rocket bikeur, “j’y étais”!

Lorsque nous répondons aux locaux à leur éternelle question : Donde van amigos? (Où allez-vous) par “Salar d’Uyuni”, nous obtenons toujours la même réponse.
« Ah, el Salar ! Mucho Agua ! Mucho !”
On comprend donc que l’entrée du salar risque d’être compliquée. En effet, un large périmètre est complètement inondé.
Sceptiques, nous nous disons que nous ne sommes pas les premiers à traverser une partie du salar inondé et que cela est sûrement réalisable. La question est plutôt, quelle sera la quantité d’eau : jusqu’aux chevilles ? aux mollets ? à la tête ?
Quand il faut y aller, faut y aller ! Dernier village pour faire le plein d’eau et de vivres avant de rentrer sur une nouvelle galaxie. Nous avons la chance de rencontrer un couple de cyclotouristes Néerlandais venant du sens inverse. Les boliviens disaient donc peut-être vrai… Leurs vélos sont blancs, remplis d’une couche épaisse de sel, encastrée dans toutes les parties importantes du vélo. Ces derniers nous confirment l’inondation à l’entrée du salar.

Nous rêvons de ce moment depuis notre départ, de faire craquer nos pneus contre ces plaques de sel, de profiter de cette liberté immense, de tracer notre azimut et tomber sur une île en plein milieu d’un désert blanc, bref nous partons avec le sourire, naïfs, en direction du salar.

On y est, face à lui. Du blanc à perte de vue, des mirages, plus de pistes.


Verdict 1 : c’est absolument magnifique .

Verdict 2 : il va falloir se mouiller et faire avancer nos vélos dans ces immenses flaques d’eau que l’on pourrait comparer à des lagunes.

Nous poussons nos vélos dans une vase de sel sous l’eau, sur environ 200 mètres, puis petit à petit le sol se durcit, jusqu’à ce qu’il devienne roulable. C’est parti, nous pouvons démarrer la traversée tant attendue.


Il est 17h, le soleil commence à se coucher et la magie démarre. Le sel craque sous nos pneux, la sensation est incroyable, on se croirait sur une banquise.

Nous visons au loin comme cap, le monument du Dakar Bolivia. La route est magique, nous roulons dans cet immensité, ce blanc à perte de vue, le paysage est virtuel.
Nous arrivons juste à temps en dessous du monument mythique fait entièrement de sel où nous plantons notre tente. Cette première nuit sur le salar restera un moment unique.


Nous nous levons de bonne heure pour attaquer cette deuxième journée sous le froid.
Nous avons environ 70 km à parcourir pour rejoindre une des îles du salar où nous camperons.



Les routes ne sont pas simples en fonction de la composition du sol et de l’humidité. Le sol forme de la tôle ondulée, des alvéoles géantes et des trous dûs aux traces de Jeep. Cap sur l’île d’Uyuankski, l’île aux cactus millénaires.
Celle-ci semble inatteignable. Nous l’a voyons depuis le début de la journée, sans pour autant l’atteindre.


Nous passons une journée hors de temps, face à l’immensité du salar où les Jeep ressemblent à des playmobils.


Anecdote de la journée : Corentin arrive quand même à crever sa roue arrière sur le salar. Il fallait le faire … Il arrive épuisé mais heureux de sa journée.

Le soleil se couche, nous rencontrons deux cyclotouristes, un Français allant vers la Colombie et un Suisse finissant son séjour en Bolivie. Premier camping sauvage à cinq !

 

Nous profitons de ce moment unique pour parcourir l’ile en toute liberté, face à l’immensité du salar.


Après avoir planifié l’itinéraire des prochains jours, nous repartons avec Adrien, le Français.
Adrien est un habitué du vélo et ça se sent. Autrement dit, c’est un bourrin. Casquette de coursier cycliste visée sur son front, bagages ultra light, il trace sa route. Cela nous motive et comme des lamas, nous le suivons la langue pendue. On roule aujourd’hui plus de 7 h. On alterne entre Salar et routes peu praticables parsemés de cailloux, mais les paysages sont magnifiques.

 

Le lendemain, nous prenons notre route vers Quillacas, avec pour la première fois une route en goudron. Nous fixons un objectif de 100 km.
La route est belle, nous traversons un salar, quelques cratères et des collines à n’en plus finir (les nouvelles montagnes russes bolivianos).

L’après midi restera un peu plus compliquée pour certains. Paul commence à se sentir faiblard après avoir bu sa gourde et décide de rester en retrait pour la fin du trajet. Intoxication ? Eau non potable ? La Bolivie à raison de lui pour la deuxième fois. À 5km de l’arrivée, un Bolivien du nom de Lucherio lui propose de l’aider. Il finira la route, tiré par sa moto en chantant avec le Bolivien les seuls mots de français qu’il connaisse, autrement dit, la Marseillaise !

On ne change pas les bonnes habitudes. Paul retrouve Corentin, marchant avec son vélo dans l’ultime dernière montée. Pour lui aussi, la fin de journée fut assez terrible. Une nouvelle crevaison pour changer (la cinquième, après avoir changé de chambre à air la veille …).



Nous trouvons un hôtel dans un petit village.
On ne comprend pas très bien. Quelques marches d’escaliers plus tard nous découvrons les deux chambres, et les toilettes sans eau. Atypique, c’est le mot. Un plafond en toile de jute, des lits spécifiques pour les tailles boliviennes, 6 couvertures comme office de matelas et le tour est joué. La somme ? 20 bolivianos, équivalent de 2euros50.
Cela fera l’affaire pour cette nuit et nous permettra de nous reposer après cette journée quelque peu éprouvante pour certains.

 Nous continuons notre route sur des paysages plus monotones mais tout aussi dépaysants en direction de Oruro, dernière grosse étape avant La Paz. Les camions et voitures sont nos premiers fans, les sourires des paysans nous donnent chauds aux coeurs, les lamas et autres vigognes couchent les bords de routes telle une haie d’honneur, et cela fait du bien !

Nous arrivons dans la ville d’Oruro, surement la pire ville de Bolivie. La route de Oruro à la Paz est une autoroute bondée de camions et le paysage semble peut intéressant. Au vu du travail qui nous attend à la Paz nous décidons de nous avancer en bus et éviter l’entrée dans la périphérie. Nous arrivons dans cette ville comme il n’en existe nulle part ailleurs. Etourdissante, fascinante, nous voilà perchés à 3600m d’altitude dans la capitale la plus haute du monde. Au premier abord, nous retenons un brouhaha incessant, une circulation infernale, un air pollué et des descentes à n’en plus finir. A nous de découvrir les beaux aspects de la Paz et rencontrer tous ces entrepreneurs.

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