« La Turquie est actuellement en récession économique depuis la tentative de coup d’état militaire en 2016. Evidemment depuis cette période, les investissements étrangers sont au ralenti. Cependant cela peut être aussi vu comme opportunité pour des investisseurs étrangers qui en pariant sur la reprise économique turque peuvent acquérir de belles cibles à moindre prix.  »

Quel est votre
parcours ? Comment avez-vous été amené à travailler en Turquie ?

Je suis natif de Turquie, à deux ans, je suis arrivé en France, c’est donc là-bas que j’ai fait toute ma scolarité. J’ai fait mon droit à Paris avant d’y passer le barreau et de devenir avocat. En 1997, j’ai appris que le cabinet Gide Loyrette Nouel ouvrait un bureau à Istanbul. Après leur avoir adressé mon CV de façon spontané je me suis retrouvé à travailler en Turquie à partir de 1998, et ce jusqu’à aujourd’hui. Ce qui m’a permis de découvrir professionnellement et humainement ce beau pays qu’est la Turquie.

Comment a été votre
intégration en Turquie ou plutôt votre ré intégration puisque vous y êtes
né ?

Pour ma part, ayant la nationalité turque et parlant le
turc, cela a été très rapide et facile. Après si vous parlez des autres profils
de français expatriés, la chambre de commerce franco-turque qui existe depuis
130 ans est un excellent moyen de prendre contact avec la vie économique
turque. D’un point de vue personnel, il existe des tas d’associations comme
« Istanbul Accueil » qui regroupent des cercles d’expatriés ainsi que
d’autres associations qui regroupent des couples binationaux. A mon sens, il
n’y a aucun problème pour s’intégrer, ici, à Istanbul. Pour vous donner une
idée, en Turquie, il y a un environ 7 000 personnes, ressortissants
français.

Votre culture
française a-t-elle été un atout dans votre domaine d’activité ?
Existe-t-il, selon vous, une « French touch » qui serait
valorisée ?

Plus que la « French touch », j’ai senti la « Gide touch » car Gide comme vous le savez, est un cabinet d’avocat d’origine française avec des bureaux à l’international. Ce sont les mêmes méthodes de travail que nous appliquons à Paris et à Istanbul. Les entreprises françaises et grands groupes étrangers ont donc plus de facilités à travailler avec nous car le cadre de travail du cabinet, déjà éprouvé et reconnu, ne change pas. Bien sûr, le fait d’être d’origine turque et de parler turc me donne une expertise qui me permet de mieux orienter les entreprises françaises pour leur investissement en Turquie.

Au sujet de ces
investissements, quel est le climat actuel en Turquie en termes d’IDE
(Investissement Direct Etranger) ?

Aujourd’hui, les investissements étrangers stagnent en Turquie.  Pour vous donner un chiffre, ils étaient aux environs de 10 milliards de dollars cette année et l’année dernière. Le pic avait été atteint en 2007 avec 22 milliards. La Turquie est actuellement en récession économique depuis la tentative de coup d’état militaire en 2016. On pense que cela devrait encore durer deux ans. Evidemment durant cette période, les investissements étrangers sont au ralenti. Cependant cela peut être aussi vu comme une opportunité pour des investisseurs étrangers qui, en pariant sur la reprise économique turque, peuvent acquérir de belles cibles à moindre prix.

La Turquie
« porte d’entrée de l’Europe sur l’Asie » ? Qu’en est-il dans la
vie économique ?

C’est une réalité pour les investissements en Asie Centrale. Il y a beaucoup de populations turcophones dans des pays comme l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan ou le Kazakhstan ce qui crée des facilités. En Iran, les turcs investissent aussi beaucoup. Concernant les autres pays du Moyen-Orient, cela est moins direct, les trucs y font certes du commerce mais ont peu d’implantations sauf en ce qui concerne les marchés d’infrastructures. Nouveauté de ces dernières années, la Turquie commence à devenir un hub pour les investissements en Afrique avec un soutien très net du gouvernement. La position de la Turquie en qualité de « pays relais » pour investir dans d’autres régions du monde se confirme.

Est-il simple de
créer son entreprise en Turquie quand on est étranger ?

Oui, cela a été considérablement simplifié depuis 2003.
Aujourd’hui les formalités sont quasiment les mêmes que pour une entreprise
turco-turque, la seule difficulté pour un étranger réside dans le fait de
fournir un certain nombre de documents officiels et apostillés de son pays
d’origine ce qui peut prendre un certain temps. Mais une fois que tout est
regroupé, la société peut être constituée en seulement quelques jours.

Quelles sont les
particularités et avantages du système juridique turc ?

La Turquie a un système juridique dit
« d’emprunt ». C’est-à-dire que son code civil et code des
obligations est ni plus ni moins celui de la Suisse qui a été traduit en turc,
le code de commerce est d’origine allemande, le droit administratif vient de
France et le pénal d’Italie. Le juriste ou l’entrepreneur étranger constatera
donc que le corpus réglementaire des textes n’est pas bien différent de ce qui
se fait en France. La grande différence est peut-être du côté fiscal où le
droit fiscal turc étant moins sophistiqué qu’en France, il comporte des zones
grises. Ces dernières peuvent être à la fois sources d’avantages et
d’inconvénients. En effet, le propre de la zone grise est qu’elle peut se
discuter, se « négocier », face à un interlocuteur qui est
l’administration fiscale. A contrario, l’administration fiscale peut se montrer
parfois conservatrice et refuser d’accorder des mesures
« normalement » accordables.

Justement d’un point
de vue fiscal, il y a-t-il des mécanismes attractifs en Turquie pour les
entrepreneurs étrangers ?

Il existe des Zones de
Développement Techniques
qui sont dédiées à la recherche et au
développement où lorsque vous commercialisez ensuite votre produit vous pouvez
bénéficier d’un abattement conséquent sur l’impôt des sociétés. Il existe aussi
22 zones franches en Turquie où les entreprises désireuses d’exporter leur
produit peuvent bénéficier d’une exonération totale d’impôt sur les sociétés.

Quels conseils
donneriez-vous au jeune entrepreneur français qui voudrait monter son
entreprise en Turquie ?

D’abord s’informer et bien s’informer *rires*. Via Business France, via la chambre de commerce franco-turque. Suivre des formations également permettant d’apprendre à travailler avec les turcs, il en existe. C’est extrêmement important de connaitre les impairs à ne pas commettre. Être prêt si on travaille en Turquie à être très rapide, car les mécanismes de décision se prennent très vite, parfois même trop vite et il faut savoir alors freiner ses interlocuteurs turcs. D’où la nécessité de s’entourer de bons conseils et notamment d’un bon cabinet d’avocat.

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