Lundi 11 mars

Nous entamons notre première étape de montagne de bonne heure. A la sortie de notre logement, nous passons faire le plein de nourriture et d’eau. Puis, une fois nos poches d’eau et gourdes remplies, nous savourons, une dernière fois, la belle luminosité présente le matin dans les rues de Oaxaca.

La sortie de la ville est classique, nous nous faufilons entre bus, voitures et autres engins non identifiés. Nous bifurquons ensuite pour prendre la direction de Mexico. La motivation se fait ressentir car pour la première fois depuis notre départ de Cancun, la capitale est affichée sur les panneaux.

Comme nous l’avions vérifié sur Google Map avant le départ, la route est large et nous laisse de l’espace pour rouler. De l’espace oui mais la bande d’arrêt d’urgence, que nous empruntons habituellement, est recouverte de débris en tous genres. Bouts de verres, morceaux de pneus de camion arrachés, vis et clous sont entassés. Nous essayons tant bien que mal de réduire les risques de crevaison.

Les premières côtes font très rapidement leur apparition et n’ont rien à voir avec les petites montées de la péninsule du Yucatan. Des pentes avoisinant les 10% se dressent devant nos montures chargées. Heureusement, les descentes sont aussi là pour nous permettre de reprendre notre souffle.

L’une d’entre elles est fatale pour la sacoche arrière droite d’Alexandre. Les crochets, permettant de fixer cette dernière sur le porte bagage, menacent de se désolidariser complètement. Nous utilisons une sangle pour renforcer le lien entre la sacoche et le vélo, cette réparation n’est pas optimale mais permet de reprendre la route. La béquille montre elle aussi un signe de faiblesse lors de cet arrêt. Décidément, le dénivelé durcit aussi les conditions pour notre matériel.

Comme un rituel, les trois derniers kilomètres nous réservent toujours des surprises. Cette fois, c’est la chambre à air arrière d’Édouard qui fait des siennes. Crevaison en pente, trop loin du point d’arrivée pour finir à pieds : pas le choix, le changement de chambre à air est inévitable.

Pour conclure cette journée éprouvante pour les organismes mais aussi et surtout pour notre matériel, nous cherchons un magasin pouvant nous proposer les pièces de rechange dont nous avons besoin. Edouard se montre une nouvelle fois très à son aise en espagnol pour expliquer nos soucis.

Chacun trouve son occupation à notre retour dans le logement. Alexandre s’isole pour préparer son besoin journalier de féculents. Edouard, quand à lui, entame une discussion avec Sol, notre hôte. Il partage sa connaissance de la France, pays qui la fait rêver, et apprend sur la vie au Mexique. Une belle rencontre !

Mardi 12 mars

Nos prévisions indiquent une distance et un dénivelé positif bien moins importants que la veille. Une deuxième journée rapide nous attend. Au fur et à mesure que nous franchissons les bifurcations, le nombre de véhicules avec qui nous partageons l’asphalte diminue fortement. Nous nous déplaçons désormais en haute altitude, les villages et stations services se font eux aussi de plus en plus rares.

La sortie vers Tepelmeme Villa de los Morelos, le village qui nous visons, se présente devant nous à 11h30. Soulagés de ne pas avoir eu de mésaventure sur la route cette fois-ci, nous nous introduisons dans ce hameau d’une dizaine de rues. Notre mission est de trouver l’hôtel Megalins.

A l’heure du déjeuner, nous pénétrons dans la cour de ce seul hôtel des environs. Une musique reggaeton, entrecoupée des bêlements des petites chèvres apeurées, nous accompagne sur la ligne d’arrivée. La chambre qui nous est attribuée a l’avantage de rester en permanence à l’ombre, quel bonheur de trouver cet air frais tant recherché !

Nous mettons à profit notre arrivée rapide en bichonnant nos vélos meurtris. Edouard a développé un vraie relation avec sa bicyclette. Il n’hésite pas à discuter avec sa chambre à air. Alexandre, inquiet de la santé mentale de son équipier, l’observe de loin et recherche discrètement le médecin le plus proche. Mais cette méthode porte ses fruits ! L’entaille responsable de la crevaison de la veille est rapidement repérée.

Sieste et étirements sont au programme pour terminer notre après-midi. Reposés, nous devons trouver un moyen de nous restaurer. Notre recherche est aussi l’occasion de découvrir ce pâté de maison reculé. Un restaurant éclairé attire notre attention, nous entrons et prenons place.

A côté de nous, les enfants des propriétaires sont occupés à faire leurs devoirs mais rigolent discrètement pendant notre prise de commande. Ce sera finalement un hamburger maison ! Alexandre essaye de se débrouiller pour sa commande de boisson, il demande une “Bebida Local”. La serveuse lui sert “un mezcal”, alcool typique mexicain et dont chaque village prépare sa propre version. Edouard n’est pas serein à l’idée de devoir goûter cet alcool à 50°C. Finalement, nous sommes agréablement surpris par cette boisson légèrement fumée et peu agressive.

Mercredi 13 mars

L’étape reine de cette semaine voire de notre séjour au Mexique : plus de quatre-vingt dix kilomètres nous séparent de notre point de chute à Tehuacan, le long desquels nous allons devoir gravir 1700m de dénivelé positif.

A la suite d’une mise en jambe de vingt kilomètres, la route s’incline et une descente vertigineuse de trente kilomètres s’élance devant nous. Véritable récompense des deux jours de montée intenses, nous savourons ce moment le sourire aux lèvres. Dévalant la pente à près de soixante kilomètres par heure, nous lançons prudemment notre regard de l’autre côté du rail de sécurité. Nous devons redoubler de prudence car les camions arrivant en contre sens ne sont pas très agiles.

Nous remarquons rapidement la spécificité de la végétation qui recouvre les versants qui nous entourent. Ce sont des cactus, pour la plupart droits comme un tronc d’arbre et sans branches, qui règnent et monopolisent tout l’espace. Cette forte concentration de cactus n’est pas un hasard, nous traversons une zone contenant des centaines d’espèces dont certaines sont uniques au monde.

Malgré notre vitesse élevée dans cette descente, nous nous faisons piéger. En voulant faire de nombreux plans vidéos, nous avons laissé le temps défiler. Nous décidons tout de même de profiter de l’ombre d’un arbre pour faire notre pause déjeuner.

L’attaque de la seconde partie montante, sous plus de 40 degrés, dans ce désert aride, nous oblige à temporiser et à multiplier les arrêts. Montés après montés, nous engrangeons petit à petit les mètres d’altitude.

Nous arrivons à bout de force mais heureux et satisfaits d’avoir accompli une telle journée. Le personnel de l’hôtel, après nous avoir demandé notre provenance, nous donne plus de détails sur la région que nous venons de traverser et notamment à propos des cactus. Épuisés, nous les remercions et filons reprendre des forces.

Jeudi 14 mars

L’objectif de ce jeudi est d’arriver à l’hôtel Terramar de Tecamachalco le plus rapidement possible. En effet, la route sur laquelle nous allons rouler n’est pas du tout adaptée. Une voie simple, de la largeur d’un bus, partagée par tous, est le seul itinéraire pour lequel nous pouvons opter.

Usés par les étapes précédentes, les attaques incessantes des chiens errants, qui nous paraissent plus récurrentes qu’à la normale, ont le don de nous rendre très nerveux. Ces chiens, qui n’appartiennent à personne et se reproduisent entre eux, pullulent partout au Mexique. Selon Sol, la propriétaire du logement où nous avons dormi mardi soir, le comportement agressif et fou de certains de ces canins est dû au fait qu’ils se nourrissent de déchets et boivent toutes sortes de substances, et souvent de l’essence. Le vent de face n’arrange pas les choses et rend cette journée bien moins tranquille que nous ne le prévoyions.

Des rires nerveux prennent le relai des énervements de début de journée lorsque les chiens nous barrent la route proche de l’arrivée. C’est une journée de vélo de soixante kilomètres à oublier !

Vendredi 15 mars

Et voilà, nous y sommes : la dernière étape de notre semaine et même de notre séjour au Mexique. Un mélange de soulagement et de tristesse nous anime. Certes, ce pays n’a pas les meilleures infrastructures pour les vélos, les chiens ne laissent pas une minute de répit lorsque nous nous en approchons mais les paysages, les senteurs et l’atmosphère uniques ne peuvent pas nous laisser indifférents. C’est donc avec ces idées en tête et surtout avec des souvenirs que nous prenons la route. A peine soixante kilomètres à parcourir dont plus de la moitié sont en descente. Nous arrivons à destination avant le déjeuner.

Le porte bagage d’Alexandre, qui a souffert mais tenu pendant cette longue traversée, se décroche à l’entrée de la ville. Cette casse est l’occasion de prendre le temps pour repérer les endroits incontournables de Puebla. Une fois les vis resserrées, nous décidons de flâner quelques minutes dans le parc du monastère qui offre ombre et fraîcheur.

Nous apercevons rapidement des gendarmes à cheval en pleine démonstration. La fumée dégagée derrière leurs montures et le claquement des sabots rythmé rend la scène impressionnante.  

Une envie de tacos nous prend soudain. Quelques secondes nous suffisent pour repérer le restaurant adéquat le plus proche. La Oriental, qui borde le parc, propose de quoi nous satisfaire et même des nouveautés ! Nous avons d’ailleurs souvent les yeux plus gros que le ventre dans ces cas là, quoique.  

Nous accédons au logement à l’heure prévue et utilisons sans tarder les équipements de l’appartement pour laver nos affaires, avant d’entamer un repos bien mérité.

Samedi 16 mars

Nous exploitons cette première journée sans trajet à vélo important pour organiser notre semaine à Mexico qui débutera lundi prochain. Nous peaufinons également notre premier article d’entrepreneur qui sera publié mardi prochain.

Puebla nous avait laissé une telle impression à notre arrivée la veille, que nous voulons tout de même découvrir cette ville avant le coucher du soleil. Nous prenons nos vélos et partons vers un des points culminants de la ville, placé à l’intérieur du parc domanial.

Sur le chemin du retour, nous faisons un crochet par la cathédrale de Puebla, un des nombreux monuments religieux de la ville. Notre présence à l’intérieur de l’édifice sera raccourcie par le début de la messe prévue pour les membres de la paroisse. Nous rebroussons chemin et sortons par la porte principale, poursuivis par le souffle de l’orgue gigantesque et massif placé à l’entrée.

Jeremy, notre contact à Puebla, nous annonce qu’il a deux places dans sa voiture le lendemain pour nous emmener découvrir La Malinche. Nous sommes impatients à l’idée de monter en haut du sommet de ce volcan éteint, culminant à plus de 4400m. En revanche, le réveil est prévu à 5h30, il ne faut pas traîner.

Dimanche 17 mars

A 5h30 le réveil sonne, nous devons être efficaces car le rendez-vous avec Jeremy n’est qu’une demie heure plus tard. N’ayant toujours pas réussi à allumer le chauffe-eau correctement, une douche froide nous attend à la sortie du lit. Quoi de mieux pour attaquer cette journée ?!

A 6h15, nous grimpons dans le 4×4 Ford conduit par Jeremy qui est accompagné de Lucas. Ces deux entrepreneurs français sont associés dans la même entreprise au Mexique. Nous avons prévu de les interviewer lundi mais avant cela nous allons gravir ensemble ce volcan éteint.

Un trajet d’une heure et demie est nécessaire afin de rentrer dans la réserve nationale de la Malinche située aux alentours de 2900m d’altitude. Déjà équipés, nous empruntons le sentier balisé. La traversée de la forêt, en aval de la pente raide qui nous attend, est l’occasion de faire connaissance et d’estimer la température extérieure.

Ayant atteint la lisière de la forêt, le vent tourbillonnant nous rappelle qu’une température de -2°C est prévue au sommet jusqu’à 9h. Il est donc temps d’enfiler quelques couches supplémentaires.

La végétation mais également le terrain changent. Les chemins en terre laissent place à une surface sablonneuse sur laquelle sont posées des pierres de toutes tailles.

Un dernier effort est nécessaire pour escalader les gros blocs qui recouvrent la partie supérieure du volcan.

Arrivés au sommet à 4420m d’altitude, Lucas nous fait une belle surprise en sortant de son sac une bouteille de vin rouge français. Rien de mieux pour relever nos sandwichs jambon fromage qui manquent clairement de saveur. La vue n’est pas aussi belle que nous l’espérions, nous ne pouvons ni apercevoir les autres volcans de Puebla, ni profiter d’une vue à 360 degrés. Mais le cadre reste tout de même grandiose.

Il faut désormais redescendre tout en profitant au maximum des espaces entre les nuages qui laissent paraître l’horizon. Edouard a trouvé sa façon de faire, en feignant plusieurs fois des glissades, contrôlées selon lui, qui lui permettaient d’avoir une position assise très confortable.

L’ascension qui nous a pris cinq heures est effacée en moins de deux heures de descente. Nous réalisons tout ce que nous avons monté lors de cette descente rythmée par les blagues de Lucas et Jérémy, qui ne pensent qu’au bonheur de la douche qui les attend. Nous arrivons à la voiture et reprenons la route vers Puebla.

Une fois rentrés, une belle assiette de pâtes et un peu de repos viennent finir cette semaine très sportive.

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