Chers lecteurs, comme vous allez rapidement vous en rendre compte, l’article de cette semaine est bien moins illustré que les autres. Sans vouloir gâcher le suspens du récit, nous voulions vous prévenir qu’une grande partie de notre matériel multimédia a été dérobé dans la nuit du vendredi. Les dernières photos et vidéos n’ont malheureusement pas été sauvegardées à temps. Nous vous souhaitons tout de même une bonne lecture !

Lundi 4 mars :

Nous attaquons les sept prochains jours avec un programme clair en tête. Une semaine de transition nous attend. Nous en avons terminé avec la péninsule est du Mexique, nos regards sont maintenant tournés vers Mexico. Avant d’atteindre cette capitale haut perchée le 19 mars, nous devrons traverser deux régions moins sécurisées : Le Chiapas et le sud du Veracruz, puis parcourir les montagnes de Puebla. Nos jours au Mexique sont comptés et 2000 kilomètres restent encore à parcourir.

Ce matin nous jouons avec le feu. La cause ?  Sûrement une prise de confiance un peu trop rapide. Nous allons le payer très rapidement. Confiants, nous prenons le départ à seulement 10h avec quatre-vingt dix kilomètres à parcourir. Dès 11h, le soleil revient et, comme à son habitude, rend les conditions extrêmes. Quarante degrés à l’ombre, le bitume frôle quand à lui les 60 degrés et aucunes zones d’ombres recouvrent la chaussée de l’autoroute que nous longeons. Cette route, empruntée par une file indienne de camions, s’avère être parfaitement droite. Des tronçons de trois kilomètres, identiques, sont répliqués indéfiniment. Seuls des ponts nous permettent de faire nos pauses régulières et de casser une monotonie éprouvante.

Les vingt premiers kilomètres défilent grâce aux forces accumulées pendant les jours de repos. Ensuite, un combat mental s’installe. La gestion de notre effort et de nos réserves devient primordiale. Presque deux litres par heure sont nécessaires pour nous hydrater et compenser une transpiration abondante. Nous voyons notre peau bronzée redevenir peu à peu blanche, recouverte de sel. En plus de partir tard, nous n’avons pas mangé autant que d’habitude, un vrai grand chelem. “On va tester nos limites comme ça” quelle bonne idée…

La dernière pause nous fait comprendre que nous ne devons pas reproduire cette expérience. Notre vision se trouble et nos membres se mettent à trembler légèrement. Un repos prolongé s’impose. A bout de souffle, nous arrivons à Calkiri, petit village très accueillant qui borde la route principale.

Notre repas du soir sera accompagné d’un concours de déguisement entre les enfants du village. Tout le monde est présent, pas question de manquer ce rendez-vous annuel et pour certains de voir leur enfant défiler sur scène.

Mardi 5 mars :

La leçon de la veille est retenue. Notre petit déjeuner complet à base de jus de fruit, de céréales aux fruits secs et à l’avoine accompagnés des barres énergétiques est prêt à 8h. Malheureusement, et comme nous le présentions, notre précédent effort a laissé des traces profondes. Le vent de face, puissant et inconstant, remplace aujourd’hui le soleil caché derrière un voile nuageux. Nous aimerions passer par la voie des stands pour remplacer nos jambes lourdes. Trop lourdes pour les changements de rythme et relances incessantes. Nous avons voulu jouer et nous avons perdu mais surtout appris pour les étapes de montagne de la semaine prochaine.

Heureusement, nous gardons en tête que les quatre-vingt dix kilomètres de cette journée jusqu’à Campeche seront les derniers à vélo avant un moment. En suivant les nombreux conseils des locaux, nous avons décidé de réserver des cars qui nous permettront de traverser certaines zones instables pour limiter les risques.

L’accès à Campeche nous a été facilitée par une route en léger faux plat descendant jusqu’au niveau du Golfe du Mexique. Farid, le propriétaire du logement, censé nous accueillir le soir même, nous réserve une jolie surprise à notre arrivée. Une fois les vélos déposés devant la maison, dont l’adresse nous a été envoyée par message, nous apprenons que les informations transmises sont erronées. “Je pense que trois kilomètres de plus et on était foutu” vient de dire Alexandre. Pour la peine ce sont bien six kilomètres supplémentaires que nous devons parcourir avant de pouvoir descendre de nos selles.

Cette distance, ajoutée au programme, nous oblige à longer le bord de mer. Le passage par le remblai aménagé nous offre un second souffle. La température chute de plusieurs degrés, nous sommes immédiatement moins pressés de rejoindre Farid. Nous changeons rapidement d’avis lorsque nous découvrons et apprécions la fraîcheur de la chambre nous étant destinée. L’effet est immédiat, nous commençons notre nuit dès 19h, involontairement.

Mercredi 6 mars :

Notre duo est requinqué par une nuit de onze heures. D’un commun accord, nous partons sillonner la ville à la recherche d’expatriés. Cette méthode, improvisée la première semaine, s’est montrée efficace dans les lieux où les groupes d’entrepreneurs sur internet sont moins développés.

Nous prenons la direction du bord de mer quitté trop rapidement la veille. Sur le chemin, nous constatons la particularité des rues de Campeche, ou plutôt des trottoirs. Ces derniers sont construits très hauts. Les piétons marchent au niveau des vitres des véhicules qui déambulent lentement. Plusieurs hypothèses émergent : Architecture pour se protéger des ouragans récurrents ou des montées des eaux ? Hauteur adaptée aux véhicules de transport en commun ? Malheureusement, nos estomacs ont pris le relai trop tôt pour nous laisser le temps de trouver une explication auprès des habitants.

Finalement, nous rentrons en contact avec Patrick Cros, véritable cordon bleu français installé à Campeche. Il est sur le point de recevoir la récompense de meilleur chef cuisinier de l’année au Mexique d’après le groupe Vatel. Celui-ci nous propose de le rejoindre dans sa demeure en fin de matinée. Nous sommes impatients d’en savoir plus sur l’histoire de cet entrepreneur grâce à cet entretien inattendu.

Nous profitons de la fin d’après-midi pour à la fois préparer nos affaires, puisque le départ en car à 23h30 du lendemain se rapproche, et peaufiner la trame de notre entretien avec Patrick. La famille mexicaine, qui met à notre disposition une chambre dans leur maison, cuisine un plat classique depuis la veille. Curieux, nous voulons en savoir plus. Ce sont en réalité des Tamal, petites crêpes de maïs auxquelles sont ajoutés des haricots rouges. Ces crêpes sont ensuite fourrées avec du poulet en sauce, puis enrobées d’une feuille de palmier qui permet de cuire le tout avec de la fumée. Nous aurions aimé cuisiner par nous même mais notre temps à Campeche est trop court pour cela.

Jeudi 7 mars :

Alexandre se motive pour le première fois à préparer son petit déjeuner. Objectif dont il parle à Edouard depuis le départ mais qu’il n’a jamais pris le temps d’atteindre. Deux pains ciabatta avec, à l’intérieur, une omelette, de fines lamelles d’avocat et du fromage frais. Un délice et surtout des portions pour quatre personnes qui disparaissent en un clin d’oeil.

Ces expériences culinaires nous ont mises dans le bain pour notre rendez-vous avec Patrick prévu à midi. Nous arrivons à l’heure devant “La casa De Los Murmullos”, lieu où le cuisinier de renom au Mexique reçoit ses clients. C’est un endroit pour “vivre une expérience culinaire” plutôt qu’un restaurant. Voici comment nous le présente M. Cros, dès le début de son interview. En effet, un seul groupe à la fois est reçu dans l’enceinte où lui sont proposées des prestation personnalisées et privées. Notre entrevue, initialement prévue pour une durée de soixante minutes, nous fera ressortir finalement trois heures plus tard.

Des idées de recettes plein la tête, nous choisissons avec parcimonie les ingrédients de nos prochains repas. Quel sera l’aliment original, hors du commun, qui viendra compléter notre plats très classique ? Du chorizo vert ?! Voilà ce qui nous permettrait de passer un nouveau cap dans notre acclimatation.

Alexandre, dans un élan de lucidité ou de perte de courage, se souvient des consignes qu’il a reçues et rejette cette proposition.

Il est désormais temps pour nous d’équiper nos vélos et de continuer notre travail de rédaction jusqu’à l’heure du départ. Nous arrivons à la gare routière en avance pour vérifier la fermeture de toutes les sacoches que nous allons placer dans les soutes en plus des vélos. Un car OCC se place devant nous. L’embarquement se fait rapidement et nous prenons place sur ce qui sera notre siège pour la prochaine demie-journée.

Vendredi 8 mars :

Nous arrivons quinze longues heures plus tard à San Cristobal de las Casas. Le voyage en car n’a pas été de tout repos. En plus de rendre le sommeil extrêmement difficile, nous avons vécu notre premier problèmes d’envergure. Edouard voulant s’hydrater après dix heures de trajet, se rend compte que ses équipements multimédia lui ont été dérobés directement dans le sac qu’il avait avec lui dans le car. Bilan des pertes : un ordinateur portable, un appareil photo avec les cartes mémoires et les trois objectifs, une montre GPS, des lunettes de soleil spéciales pour le vélo et des cartes de crédit. A l’arrêt suivant cette découverte, le conducteur, aidé par un agent officiel, procède à une fouille des tous les bagages des passagers. Mais comme nous pouvions nous y attendre, le matériel est introuvable.

Déboussolés, nous arrivons dans le logement de San Cristobal où nous tentons de faire un état des lieux des dommages. Nos esprits récupérés, nous partons flâner dans les ruelles magnifiques, qui relient les multiples églises de cette ville. Un petit restaurant classique attire notre attention, nous montons en terrasse juste à temps pour contempler le coucher de soleil. Nous revenons sur les événements et commençons doucement à envisager des solutions en plus des démarches que nous devons rapidement mettre en place. L’humour est comme souvent notre meilleur allié, nous tentons de dédramatiser cette perte de nos outils de travail. Nous concluons ce repas en nous disant tout simplement que nous sommes maintenant plus légers et parfaitement prêts pour grimper les cols qui nous attendent dès lundi.

Samedi 9 mars :

Nous entamons ce weekend en nous rendant au Ministère Publique pour déposer plainte suite aux événements de la veille.

Puis vient le temps des prévisions pour notre trajet à travers les montagnes de Puebla. Cinq étapes nous seront nécessaires pour parcourir les 350 kilomètres en montagne et surtout gravir les 4800 mètres de dénivelé positif. Nous scrutons la carte pour choisir le meilleur itinéraire puis nous contactons les personnes sur place afin de nous assurer des points de chute à chaque étape. Nous planterons notre tente uniquement à partir des Etats-Unis pour ne pas prendre de risque et dormir sur nos deux oreilles.

Nous marchons ensuite vers les monuments de la ville que nous ne voulons pas manquer. Nous grimpons les nombreuses marches pour atteindre l’église Guadalupe qui surplombe les maisons et hôtels fluos du centre ville. Ces minutes d’effort nous font ressentir l’altitude. En effet, le car nous a déposé à plus de 2000 mètre au dessus du niveau de la mer.

La fin de matinée fait apparaître des centaines de boutiques de textiles extérieures. Alexandre, qui recherche des produits particuliers, s’engouffre sous ces tentes à peine assez hautes. Une longue délibération devant plusieurs versions de ce qu’il recherche lui permet de faire le bon choix. Nous vous révèlerons cette nouveauté une autre fois, lorsqu’elle sera mise en scène. Fort de ce premier achat, il rejoint Edouard dans une boutique et dégote les drapeaux mexicains qui nous voulions attacher à nos vélos. Nouvellement équipés, nous ajoutons ces trouvailles à nos bagages et rejoignons la gare routière.

Les précautions ont été prises pour ce second long trajet en car. Nous avons choisi la catégorie de véhicule la plus sécurisée parmi celles proposées. Les vélos et sacoches placés en soutes fermées et verrouillées, nous montons et découvrons un espace bien aménagé. Nous pouvons nous asseoir sereinement.

Dimanche 10 mars:

L’arrivée à la gare routière de Oaxaca, qui se prononce “Oaraca”, et le chargement des vélos se font sans difficulté. En avance sur nos prévisions, nous devons temporiser et attendre que le logement soit disponible. L’ouverture du marché local est parfaite pour cela. Nous goûtons des confiseries fourrées à la confiture, au chocolat et même, pour finir, au fameux fromage de Oaxaca.

Les clés en main, nous déposons notre équipement et démarrons notre recherche de lunettes de soleil pour Edouard. Impossible de prendre le départ des cinq prochains jours de cyclisme enchaînés sans elles. Le négociateur fou n’a pas la possibilité de s’exprimer. Tous les magasins “Optica” se sont passé le mot pour être fermés le dimanche, contrairement au reste des commerçants. Seul un opticien italien nous propose une paire que nous ne pouvons refuser.

Nos deux repas de la journée doivent nous apporter l’énergie suffisante pour attaquer les cols du lendemain. Pour cela, nous faisons une nouvelle fois appel aux italien au déjeuner et au dîner. Rien de mieux que de bons plats de pâtes avant un tel effort. Entre ces repas, nous parcourons la ville à la recherche de nouveauté et avons la chance d’assister à un concert en plein air sur la place principale. La nuit tombe vite et nous voulons nous coucher tôt. La pression pour le lendemain se fait ressentir.

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