Pérou nous voilà! 5 minutes chronomètre en main, on passe la frontière comme si l’on passait à la caisse d’un supermarché.

Nous continuons notre route à longer le lac. Bien que celui-ci soit bien entendu plat, la route principale est elle une véritable montagne russe. Les mollets se crispent. Nous montons à plus de 4300 m, nouveau record battu en vélo.

Nous longeons les champs et terres agricoles. Nous voilà comme dans un retour à l’ancien temps. Alors qu’une semaine auparavant, nous rencontrions des start-ups toutes plus innovantes les unes des autres, nous rencontrons ici des paysans vivant au rythme des saisons. Le décor est traditionnel : des vaches, des milliers de moutons, des parcelles de terre où poussent quinoa, avoine et blé, et de nombreux paysans et paysannes en habits traditionnels.

Nous trouvons d’ailleurs ce soir-là un espace pour planter notre tente chez un couple octogénaire. La nuit nous coûtera seulement 2 euros, mais les regards et les remerciements de cette famille resteront bien imprimés dans nos têtes. Il est 17h, la nuit tombe déjà, le froid s’installe beaucoup trop rapidement, notre soirée s’annonce longue et fraîche. Impossible de se motiver à cuire notre dîner du soir, nous sommes frigorifiés. Nous découvrons le lendemain toutes les bouteilles gelées, dures comme des pierres. 

Jour de grève contre l’inflation, des grands, grands malades. Toutes les entrées de villages et villes sont bloquées par des barrages artisanaux. Autrement dit, des bons gros tas de pierres déversés sur la route, quelques incendies à base de pneus et autres produits inflammables en tous genres, un microphone, des péruviens motivés à 300%, et le tour est joué. Nous ne sommes pas si sereins que ça à chaque barrage humain, mais plus de peur que de mal, chaque entrée dans un village ressemble plutôt à une haie d’honneur faites par les grévistes. Les “Holà Chicos, Gringos, Touristos” raisonnent dans nos oreilles, on ne sait toujours pas si cela est bon signe, mais au moins, ces derniers le disent avec un grand sourire !

Aujourd’hui, programme de journée plutôt fort sympathique, il consistera à longer les flancs de montagnes péruviennes, pour finir en beauté sur un camping sauvage au bord d’une lagune.

Au Pérou, le soleil se couche de plus en plus tôt et nous devons prévoir parfois plus d’une heure à l’avance notre recherche de bivouac. À l’horizon, des champs, beaucoup de champs mais des champs privés. En effet, il semble que chaque parcelle appartienne à un propriétaire. Le début des galères commence pour nous… Afin de ne pas jouer dans l’illégalité et éviter tous problèmes avec la population péruvienne, nous décidons d’aller de fermes en fermes demander l’autorisation pour planter notre tente dans un petit espace parmi ces milliers d’hectares.

Première ferme, premier échec. Pas de propriétaire, mais des peaux des moutons, pendues. Deuxième ferme, un gang de 11 chiens tous plus terrifiants les uns que les autres nous attendent fièrement à l’entrée, une vraie équipe péruvienne de foot, déjà prête pour la finale du mondial. On tente de garder notre sourire et notre bonne humeur lors de nos présentations avec le propriétaire. Après quelques explications, la réponse est non, il n’a pas d’espace pour nous. La nuit commence sérieusement à tomber, le froid se fait sentir et nous sommes toujours sans domicile. Dernier espoir, une dernière ferme de l’autre côté de la route. Même contexte, un bel accueil fait d’aboiements de chiens enragés, et une réponse négative.

Vous devez vous en douter, l’équipe Rocket Bike croit au miracle et a bien raison. Désespérés, nous croisons sur le chemin du retour le propriétaire de la première ferme sur sa moto tunée. Il nous arrête et nous propose de revenir chez lui pour la nuit. Magique, nous dormons ce soir dans un conteneur ayant l’espace parfait pour trois personnes (pas un cm de plus). Après une bonne nuit chaude et à l’abri, nous nous réveillons sous des trombes d’eau. Encore jamais vécu depuis le début de cette aventure, nous sommes contraints de nous équiper de la tête aux pieds pour faire face au blizzard. Pour la nouvelle collection automne hiver de Louis VuiTHON, nous mettons l’artillerie lourde : guêtre, veste imperméable, sous-couche, poncho, rien ne pourra nous transpercer.

Verdict, après 70 km de route sous la pluie, le moral est toujours présent mais ce n’est franchement pas une partie de rigolade.

On oublie ce qu’il se passe autour : la météo, les paysages et la route deviennent nos trois ennemis. Il ne pleut sûrement que très rarement au Pérou, mais le jour où ça tombe, ça tombe. On se croirait à l’aquaboulebard, les sorties de villages sont transformées en véritables piscines naturelles.

Qui dit piscine naturelle dit d’ailleurs Aguas Calientes, prochaine étape pour demain. Après une journée et une nuit dans ce véritable déluge, les sources d’eaux chaudes nous attendent de pieds fermes.

Il faudra cependant atteindre un nouveau sommet à 4400, afin de pouvoir de se trémousser dans ces piscines naturelles. On y est ! Le plaisir est intense, rien de mieux pour détendre nos petits muscles au milieu de ce décors hors du commun. Nous goûtons même à la découverte du hammam herbaliste (en gros, une cuve d’eau bouillante où marinent toutes sortes d’herbes, un véritable « mate à la coca »).

On ne s’en lasse pas, un dernier piqué et nous voilà requinqués pour arriver à Cuzco.

L’arrivée à Cusco est folklorique. Une fois de plus nous arrivons au cœur de la fête. En effet, les péruviens se font un malin plaisir de fêter le solstice d’hiver, non pas pendant un unique jour mais bien pendant un mois. L’animation est infinie.

Paul profite de cette escale pour retrouver son alpaga personnalisé. Cuzco est une ville chargé d’histoire, au passé colonial espagnol très fort. La ville et ses édifices sont beaux, les balcons, terrasses et rues étroites donnent un charme et on s’y sent bien. On commence à ressentir l’histoire inca dès le cœur de la ville en parcourant les bâtiments construits directement sur les anciennes fondations Incas. La vallée sacrée est belle et bien sacrée. Cuzco, c’est aussi définitivement la ville pour émerveiller ses papilles. Les restaurants sont à tous les coins de rues et tous remplis. Il semble que cette ville ne s’arrête jamais, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Un touriste français ne peut pas aller à Cuzco sans passer par la case Machu Picchu. Certains diront qu’il est devenu trop touristique, d’autres diront que ce lieu sacré est un élément incontournable du voyage, nous dirons nous que ces deux versions sont bonnes mais qu’il faut y aller. Une des 7 nouvelles merveilles du monde, cela ne se loupe pas. L’équipe est aujourd’hui au nombre de 4. Après 8h de collectivo serré comme des ceviches à prier autant que l’on peut pour ne pas finir dans le gouffre au vue de la route désastreuse, digne des plus grands reportages W9, nous commençons notre marche vers ce lieu historique. Nous longeons la route de chemin de fer à travers un chemin sinueux et brumeux pour arriver dans le village d’Aguas Calientes (une autre, encore), étape avant la marche finale vers le point de vue.

Nous constatons en effet que le Disneyland péruvien se trouve ici et qu’il n’y a pas de fastpast pour éviter les bouchons de touristes. Après 1200 m de dénivelé positif, nos yeux embrumés prennent d’un coup une décharge électrique. L’apparition nous fige puis nous remue le corps et l’esprit. Le Machu Picchu, le grand, le vénérable, l’unique. Il est là, devant nous, comme une image irréelle, face à l’immensité des montagnes. Nous ne regrettons pas une seconde malgré la foule abondante, nous découvrons ces vues surprenantes, l’histoire des Incas et des autres peuples, les infrastructures encore intactes. On vous laisse admirer…

PS : Le prochain article sera légèrement différent. En effet, afin de vivre une expérience unique, nous avons décidé de vivre environ une douzaine de jours chacun de notre côté, puis se retrouver pour nos interviews prévues à Lima. Entre péripéties médicales, trips dans la jungle péruvienne, découverte du Choquerirao, les aventures de Rocket Bike continuent !

 

 

One comment on “Enfant du Soleil, tu parcours la terre, le ciel | Treizième et quatorzième semaines d’aventure

  1. Toujours aussi pressionnant les gars….Louis Vuitton je kiffe grave.
    Hâte d avoir des nouvelles…. votre expérience solo nous inquiète un peu…. BIZZ à vous trois

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