Nous avons rencontré Armand dans son café à Taunggyi (près d’Inle) afin de discuter de ses différentes expériences en Asie du Sud-Est, et particulièrement au Myanmar. Armand est dans la région depuis plus d’une dizaine d’années maintenant et au Myanmar depuis quatre ans. Il s’est donc imprégné en profondeur de la culture et de l’histoire du pays qu’il a su nous raconter avec passion. 

Comment êtes-vous arrivé en Asie et pourquoi?

“Je suis arrivé tout d’abord en Thaïlande afin d’investir dans un pub et un restaurant à côté de Pattaya. Je me suis associé avec mon frère, d’autres français sur le projet et des locaux mais ceux-ci n’étaient particulièrement investis.”

Comment votre aventure entrepreneuriale s’est elle alors développée?

“Nous avons ensuite continué avec ces associés en ouvrant un restaurant à Nyaung Shwe (près du lac Inle, site touristique majeur du pays). Depuis le début, notre objectif a toujours été le Myanmar. Après quelques années florissantes le contexte géopolitique est devenu plus compliqué, c’est alors que nous avons cherché à nous diversifier”.

Quels étaient alors vos idées afin de vous diversifier?

“Mon frère Paul a travaillé sur un projet d’agence de voyage. Cette agence propose des tours en moto autour du lac (il vient juste de lancer son projet “M-ride” au moment où nous avons rencontré Armand). Moi je me suis installé à Taunggyi, juste à côté d’Inle avec ma famille. J’y ai ouvert un café qui me sert de laboratoire pour observer les goûts des birmans. Cette idée est partie du constat que beaucoup de voisins venaient chez nous régulièrement curieux du mode de vie européen. Avec ce café laboratoire nous avons pu voir par exemple que proposer une “french quiche” ne fonctionnera pas, alors qu’une “Eggs and Ham Pie” a beaucoup de succès car ce sont des mots qu’ils connaissent.”

Auriez-vous un conseil à donner à un entrepreneur qui viendrait s’installer en Birmanie?

“Je pense que ce qui est important c’est d’avoir des locaux investis dans votre projet. Les birmans, et les asiatiques en général, ne supportent pas de perdre la face. Il ne faut donc pas les brusquer, on ne doit surtout jamais s’énerver. C’est pour ça qu’il est plus simple de laisser un associé birman gérer les relations frontales avec les autres locaux.”

Quelle place tient la culture dans la vie quotidienne du pays?

“Le Myanmar compte environ 130 ethnies officielles, avec chacunes leurs traditions et leur langue. L’ethnie au pouvoir est l’ethnie birmane d’où le pays tirait son nom et sa langue officielle jusqu’en 2010. Il est donc très important de tenir compte des spécificités culturelles des ethnies avec lesquelles on travaille. Par exemple, à quelques kilomètres d’ici au Lac Inle vivent en majorité l’ethnie du lac: les Inthas, alors qu’ici (à Taunggyi) vivent les Shan qui sont des montagnards, ils n’ont pas le même mode de vie. 

De plus les fêtes bouddhistes tiennent une place très importante dans la vie du pays. Par exemple au moment de la fête de l’eau (avant la mousson, pour célébrer la fin de la période sèche), la vie du pays est complètement paralysée. Il convient de le savoir pour ne pas faire d’impair.”

Y-a-t-il une fracture importante entre les différentes régions ?

“Déjà nous pouvons distinguer plusieurs régions/métropoles, dont:

  • Rangoun qui est la capitale économique, tournée vers le monde extérieur de par sa situation en bord de mer.
  • Mandalay qui est selon moi la ville avec le plus fort potentiel pour le futur. Au centre de gravité du Myanmar, Mandalay est le carrefour des échanges internes d’un pays en pleine explosion. Mandalay se site aussi sur la route commerciale entre la Chine et l’Inde (route de la soie). La ville bénéficie du dynamisme de ces deux géants mondiaux pour s’affirmer comme métropole primordiale au développement économique du pays.
  • Naypyidaw est la capitale économique créée de toute pièce par le gouvernement. Celui-ci voulait sortir de la ville de Rangoun, saturée par son activité.
  • Le nord-est de l’état du Shan est la région d’exploitation du jade destiné au commerce avec la Chine. La région est idéalement situé le long de la frontière avec celle-ci. La Birmanie est le premier producteur mondial de jade.
  • L’ouest de l’état du Rakhine où se concentre les gisements de gaz. La Birmanie possède aussi des gisements offshore à l’ouest de l’état du Chin et en Mer d’Andaman (au sud de Rangoun).

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Ensuite pour ce qui est des zones rurales, le pays fonctionne avec un pouvoir très centralisé. Ce qui implique régulièrement des tensions entre une province (une ethnie) et le gouvernement Birman. Bien que cela ne soit pas aussi simple et pas aussi général, c’est une des raisons pour lesquelles des groupuscules armés se forment de temps en temps dans les zones les plus reculées afin de défier le gouvernement.”

Que peux-tu nous dire sur les lois en Birmanie?

“Tout d’abord, il faut savoir que les lois en Birmanie évoluent constamment, et qu’il est facile de s’y perdre, il faut alors bien se référer aux textes. Depuis 2013, avec l’ouverture progressive du pays sur le monde, Aung San Suu Kyi a engagé une véritable refonte du système législatif afin de mettre fin à certains abus qui pouvaient exister sous le régime militaire. Le système n’est pas encore parfait, mais néanmoins progressiste. Par exemple lorsque j’ai voulu ouvrir le café, il m’a été demandé de fournir autant de preuves et d’argent que pour ouvrir un grand hôtel!”

“Ensuite, il faut aussi savoir que chaque quartier a son référent, et que c’est par lui que tout projet passe. Selon la personne en fonction, le projet et son dirigeant, une simple signature peut prendre quelques jours comme quelques mois.”

Quels changements as-tu pu constater à l’arrivée d’Aung San Suu Kyi?

“Disons tout d’abord que son arrivée au pouvoir est dû à l’impasse dans laquelle était la junte militaire. Sous la pression occidentale, qui voulait constater une amélioration démocratique, la junte a consenti à mettre Aung San Suu Kyi – fille du général héros de la lutte contre le colonialisme – au pouvoir. Les militaires ont néanmoins gardé 25% du parlement et la mainmise sur certains ministères clés du pays. Avant son arrivée, il y avait une corruption institutionnalisée, on savait qui on devait aller voir et combien payer. Mais depuis son avènement au pouvoir, et la fin de cette “corruption institutionnalisée”, les processus sont devenus moins clair. En effet, si certains ont rapidement pris le pli de ce nouveau fonctionnement, d’autres ont eu plus de mal à appliquer les nouveaux process, car avaient toujours travaillé avec la junte.”

Aurais-tu un livre à conseiller pour en savoir un peu plus sur l’histoire Birmane?

“Une Histoire Birmane de Georges Orwell nous fait part de son expérience personnelle en tant que fonctionnaire anglais en poste au début du 20ème siècle. Par son expérience décrite dans ce livre, tout occidental peut s’y identifier. Il est étonnant de voir combien la vie birmane décrite par Orwell il y a une centaine d’année est encore d’actualité.”

Conclusion:

Armand nous a donné une vision très générale du Myanmar, de ses opportunités et de son évolution depuis son ouverture sur le monde en 2013. À travers ses nombreuses expériences entrepreneuriales dont son café et l’agence de son frère, ils ont su miser sur un nouveau secteur porteur: le tourisme. Le Myanmar est une terre pleine d’opportunités. Elle ne demande qu’à se moderniser, notamment au niveau administratif, pour s’ouvrir encore plus sur le monde.

Si vous voulez en savoir plus sur le lac inle, vous pouvez faire un tour sur notre article : https://rocketbike.org/le-lac-inle-joyaux-preserve-de-la-birmanie/

Et si vous voulez en apprendre plus sur M-ride l’agence de Paul, vous pouvez aller visiter son site internet: https://www.m-ride-tours.com/

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